Les habitants et les entreprises du littoral, premières victimes des risques côtiers

 

La Ferme du Marais : partir pour mieux préserver

Pendant plus de 30 ans, David Lecordier a élevé des moutons de prés-salés sur la ferme familiale de Montmartin-sur-Mer. Il y faisait aussi de l’accueil à la ferme, dans un lieu chargé d’histoire transmis depuis plusieurs générations. Mais la mer a grignoté ses terres : quatre hectares engloutis, une digue rongée par les tempêtes… jusqu’au burn-out. Avec sa femme Claudine, ils ont fait le choix de quitter ce littoral devenu trop incertain et de relocaliser leur activité touristique à Sainte-Mère-Église. Leur ancienne ferme, rachetée par le Conservatoire du littoral, sera rendue à la nature. Un symbole fort de ce que signifie aujourd’hui l’adaptation : parfois, pour rester, il faut partir.

La Belle Étoile s’éteint : partir pour ne pas couler

À Gouville-sur-Mer, la mer grignote lentement mais sûrement le littoral. En première ligne, le camping La Belle Étoile, un établissement familial ancré sur la côte depuis plus de 40 ans. En 15 ans, la dune qui faisait rempart a reculé de 10 mètres. Et malgré une digue construite en urgence, Luc Catherine, le gérant, sait que le compte à rebours est lancé. Face à cette érosion qui ne s’arrêtera pas, Luc a pris une décision lourde mais lucide : ne pas transmettre le camping à son fils dans ces conditions, et envisager sa relocalisation à deux kilomètres de la mer. Ce serait une première en France pour un camping de bord de mer. Mais comment continuer à faire rêver sans la mer à quelques pas ? Ce choix soulève toutes les tensions de l’adaptation : se préparer à l’inévitable, se projeter sur du long terme, faire des choix difficiles. Avec cette relocalisation, c’est tout un pan de l’imaginaire du littoral qui vacille. Car pour préserver l’activité, il faut parfois repenser les territoires, leur habitabilié et leurs paysages.

Face à la mer qui monte, le double combat d’un maire ostréiculteur

À Blainville -sur-mer, dans la Manche, Louis Teyssier cumule deux casquettes : ostréiculteur depuis quatre décennies, et maire de la commune. Il voit aujourd’hui les digues qu’il connaissait enfant s’effriter, et la dune se replier sous les assauts répétés des tempêtes.
« Le cordon dunaire a reculé de huit à dix mètres, on le constate tous les jours », dit-il. Pour les ostréiculteurs, cela signifie plus de vent, plus de sel, plus d’incertitudes.
Entre attachement au territoire et conscience des limites physiques, Louis Teyssier incarne cette génération d’acteurs locaux en première ligne du changement climatique.
Il alerte sur la nécessité de mieux anticiper, et de choisir dès maintenant : protéger, s’adapter… ou déplacer.