Inondations dans le Pas-de-Calais : 2 ans après, l’heure du bilan

Les inondations qui ont frappé le Pas-de-Calais entre novembre 2023 et février 2024 restent une blessure ouverte pour le territoire. Avec plus de 250 communes reconnues en état de catastrophe naturelle, cette crise a marqué un tournant. Le traumatisme est encore présent.

Deux ans après, l’association Conséquences est allée sur le terrain pour rencontrer des acteurs de terrain en quête de solutions. À travers une série de trois reportages, nous avons croisé les regards pour comprendre pourquoi l’histoire se répète et comment briser ce cycle.

La parole aux sinistrés : l’expertise de terrain

À Wizernes, Noël Bodelle, président de l’association Stop Inondations Audomarois, livre un constat sans filtre : l’angoisse est devenue permanente. Son témoignage montre que la parole des associations de terrain pourraient être un peu plus écoutés. Il constate que la catastrophe de 2023 -2024 est le résultats d’années voire de décennies d’erreurs dans l’aménagement, de non entretien de certains ouvrage, sans compter d’urbanisation dans des zones inondables. La connaissance intime du territoire par ses habitants doit être confrontée aux données scientifiques pour construire des plans de prévention qui collent enfin à la réalité du terrain. Davantage de concertation autour de ses enjeux permettraient une meilleure compréhension par toutes et tous (experts, habitants, élus, etc.) des solutions à mettre en place pour anticiper le climat futur.

Sortir des idées reçues : la mécanique des inondations

On entend souvent que « le curage des fossés » règlerait tout. Pour Thierry Cazin, ancien agriculteur et élu au SYMSAGEB, la réalité est plus complexe. C’est l’aménagement global du territoire depuis 50 ans (remembrement, accélération des transferts d’eau, imperméabilisation) qui dicte aujourd’hui la trajectoire de l’eau.
Les inondations sont un phénomène systémique, encore plus dans des zones basses comme le Pas-de-Calais. Pointer du doigt un coupable unique (entretien des fossés et des rivières, agriculteurs, urbanisation) est une erreur. La solution réside dans la gestion du « chevelu » : ralentir l’eau partout où c’est possible, dès qu’elle tombe, pour protéger l’aval. Et permettre à l’eau de s’infiltrer là où c’est possible, et de s’étendre (zones d’expansion de crue, etc.).

La ténacité des élus : chacune commune doit prendre sa part 

À Andres, le maire Allan Turpin incarne la résilience administrative. Son témoignage révèle les difficultés qu’ il faut pour concrétiser des projets de protection (comme le fossé à redents) pourtant validés techniquement. Il envoie un message fort sur le rôle que chaque commune peut et doit jouer dans une « gestion collective » de l’eau. Empêcher les inondations sur son territoire ou chez soi est essentiel mais cela ne peut se faire au détriment du voisin.
L’adaptation au futur climatique doit embarquer tout le monde et Allan Turpin montre que les maires jouent un rôle essentiel pour porter des projets concrets à l’échelle de la commune. Cette adaptation doit s’imaginer sur le long-terme.

Cette campagne de retour sur le terrain nous permet de dégager trois messages clairs pour l’avenir de nos territoires ruraux :

– La fin du cloisonnement : Une gestion collective de l’eau est indispensable. Chaque commune doit penser à l’impact de ses aménagements sur ses voisins (amont/aval).
– L’urgence de l’anticipation : On construit encore en zone vulnérable. Il est crucial de mettre à jour les plans de prévention en intégrant les pluies futures et non plus seulement les données du passé.
– Le pragmatisme paysager : Il faut assumer d’étaler l’eau dans les zones naturelles et agricoles pour épargner le bâti. C’est une stratégie de solidarité territoriale.

Le changement climatique n’est plus une prévision, c’est un quotidien. L’exemple du Pas-de-Calais montre que si les solutions existent, c’est notre capacité à les déployer rapidement, collectivement, et sur le long terme qui fera la différence.